09/08/2014

La Suisse joue sa carte avec finesse

Berne décrète des sanctions bien timides envers la Russie. La Suisse a complété cette semaine sa liste noire de 87 personnes et 20 entreprises avec lesquelles il est désormais interdit de nouer des relations d’affaires. Mais pas question de geler des avoirs ou de décréter des embargos sur des pans entiers de l’économie, comme l’ont fait Bruxelles ou Washington. En établissant sa propre liste noire, la Suisse permet en outre aux personnes concernées de recourir contre ces mesures. On a vu des sanctions plus rigides.

Ceux qui espéraient un signal ferme envers le Kremlin pour son rôle de boutefeu dans la guerre civile en Ukraine en sont pour leurs frais. Le Conseil fédéral clame d’ailleurs haut et fort que ces mesures ne servent pas à frapper Moscou mais à ménager tous nos partenaires: il faut éviter que la Suisse ne serve à contourner l’embargo européen en devenant une terre d’asile pour les individus ou les intérêts devenus indésirables ailleurs.

Cette prudence helvétique ravit la droite souverainiste, partisane d’une ligne solitaire et sourde aux conflits étrangers. De l’autre côté, certains voisins européens accusent déjà la Suisse de «se cacher derrière sa neutralité».

En réalité, la voie choisie par le Conseil fédéral n’est ni sourde ni lâche. La Suisse a proposé ses bons offices aux protagonistes du conflit ukrainien par le biais de la présidence de l’OSCE assumée par Didier Burkhalter. Il serait contradictoire, après cela, de s’aligner sur des sanctions prises par le bloc de l’OTAN, qui a des intérêts géostratégiques dans le conflit ukrainien.

La stratégie de la Suisse dans ce dossier associe des sanctions minimales avec des pourparlers et une volonté affichée de maintenir de bons rapports avec la Russie. Elle joue une carte tout en finesse et plus judicieuse que celle de nos voisins. Car les sanctions économiques seules ne permettront jamais d’infléchir la volonté politique du maître du Kremlin.