16/08/2015

Prière d’accélérer les renvois

Genève et Vaud ont intérêt à accélérer les renvois des demandeurs d’asile déboutés. Tel est l’avertissement lancé par les Chambres fédérales, qui ne veulent plus tolérer une gestion des réfugiés à géométrie variable. Même si les statistiques font défaut, on sait que le message s’adresse à l’arc lémanique: les cantons de Genève et Vaud ont des taux d’expulsion notoirement plus bas que les autres.
La majorité du parlement a l’intention de mettre au pas les réfractaires: l’article 89b de la future loi sur l’asile prévoit que Berne puisse tailler dans les subventions aux cantons en guise de rétorsion. Une manne annuelle de 41   millions pour Genève.

Décriée par la gauche comme une surenchère absurde à deux mois des élections fédérales, cette proposition ne vient pas de l’UDC. Elle émane du Parti démocrate-chrétien (PDC), qui en rajoute sur le thème de l’asile depuis quelques semaines. Au début du mois, le PDC proposait de supprimer toutes les prestations en cash aux requérants. Tandis qu’un ministre lucernois du même parti a suggéré de refuser le droit d’asile aux Erythréens. Les ténors du parti centriste se défendent de raccrocher leur wagon aux blochériens et affirment vouloir simplement maintenir «la crédibilité» de notre système d’asile.

La majorité politique tentait hier de minimiser la portée de l’article 89b, rappelant que ce n’est qu’un moyen de pression potentiel offert à la Confédération. Mais on notera que l’UDC veut en faire un mécanisme automatique.
Hypothèse: si un deuxième UDC accédait au Conseil fédéral en décembre – au hasard lehardlinergrison Heinz Brand, que beaucoup présentent comme favori – et qu’il reprenait le dossier de l’asile, la menace se préciserait pour les cantons.

En tous les cas, la question du retour des migrants dans leurs pays d’origine va forcément gagner en ampleur ces prochaines années. L’avertissement du jour n’est pas à prendre à la légère.

09/08/2014

L’asile est entre les mains de l’Europe

Des dizaines d’hommes entassés dans un abri antiatomique, dans la promiscuité complète. C’est l’une des réalités de l’asile cet été: des hébergements de ce genre ouvrent d’un bout à l’autre de la Suisse, pour accueillir une vague grandissante de requérants.

 

Les cantons parent au plus pressé, forcés d’offrir le gîte à ces candidats à une vie meilleure. Ces abris n’offrent pas une solution satisfaisante. Ni pour les défenseurs des droits humains, qui les jugent indignes, ni pour une partie de la population, qui se méfie comme de la peste de ces célibataires vivant dans le sous-sol de ses communes. Le manque de structures d’accueil est flagrant partout, face à la hausse grandissante des migrants venus de Syrie ou de la Corne de l’Afrique.

 

Un début de réponse à cette situation est esquissé par la réforme de l’asile mise en œuvre par Simonetta Sommaruga: accélération des procédures et création de centres fédéraux avec une capacité doublée à 5000 places. La création ou la transformation de nouveaux bâtiments pour l’accueil des requérants dans les cantons serait aussi souhaitable.

 

Mais ce ne sont que des solutions partielles. Aucune autorité suisse ne peut maîtriser les flux migratoires. Face à des pays persécuteurs ou des guerres civiles, des milliers de gens sont prêts à tout pour émigrer, quitte à payer des passeurs sans scrupules. Les corridors migratoires ne semblent pas près de tarir. La Suisse peut bien essayer de fermer la porte à toutes les arrivées terrestres, comme le propose l’UDC, mais la proportion de clandestins augmenterait en conséquence.

La réponse à ce problème global ne peut être qu’européenne. Le système Dublin dysfonctionne, laissant l’Italie faire face seule à des flots de migrants, alors que les Vingt-Huit assument très inégalement le fardeau migratoire. La Suisse peut proposer à ses voisins des solutions constructives. Reste à savoir si elle est encore écoutée à Bruxelles après le vote du 9 février.