14/08/2013

Querelle d’épiciers dans la nuit

Le débat sur l’ouverture des shops de station-service a quelque chose de surréaliste. La droite libérale et les syndicats n’échangent pas d’arguments, ils monologuent chacun de leur côté à quelques semaines de la votation du 22   septembre.

Les libéraux jurent que le problème se résume à un assortiment d’alimentation: il faudrait permettre aux patrons de shops de vendre de la salade, de la saucisse à rôtir et d’autres produits frais entre 1 h et 5 h du matin. En face, l’Alliance pour le dimanche (gauche, syndicat et chrétiens) mène un combat pour la dignité et la santé des travailleurs nocturnes, dindons de la farce du système économique.

Œillères syndicales contre lunettes de soleil libérales: on peine à y voir clair dans cette querelle d’épiciers au cœur de la nuit. Il faudrait applaudir la compassion diététique d’un Christian Lüscher pour les voyageurs, pauvres errants sur pneumatiques condamnés à avaler de mauvais sandwiches. Et on est invité à éprouver de la solidarité avec des employés à qui il sera fait l’injure de devoir encaisser un kilo de pommes en plus d’un plein d’essence.

Les idéologies mènent le bal. Avec un chouïa d’objectivité, la droite admettra que l’on mange peu de salade sur les autoroutes la nuit et que cette offensive fait partie d’un tir groupé au Parlement pour «déréguler» le carcan du commerce de détail. Quand aux syndicalistes qui affirment n’avoir jamais fait d’achat en dehors des heures traditionnelles, ils doivent jouir d’horaires de travail très souples ou être à la retraite.

Au jeu des pronostics, léger avantage aux syndicats pour le 22   septembre. Le peuple leur donne raison à chaque votation cantonale: l’aversion pour le libéralisme, un souci de justice et une nostalgie de la Suisse d’autrefois se marient bien dans les urnes. C’est beau, un shop la nuit… à condition d’y vendre surtout de la benzine et du café. En distributeur.