06/08/2013

Filmer Blocher est un bon choix

La polémique surgie à une semaine de la sortie du film L’expérience Blocher prouve une chose: le sujet est excellent. Le cinéaste Jean-Stéphane Bron provoque l’indignation d’une partie de la classe politique en consacrant un film au personnage le plus honni - ou le plus admiré des Suisses - ces dernières décennies.

 

Il ravive une histoire récente qui a laissé des plaies ouvertes: la montée de l’UDC, un parti violemment conservateur et antieuropéen au début des années 90, qui finira par dépasser les autres formations dans la décennie suivante. Comment un fils de pasteur devenu milliardaire a redistribué les cartes du pays, avant de connaître l’humiliation d’une non-réélection au gouvernement en 2007 et l’échec de ses ambitions sénatoriales en 2011.

 

L’agacement de certains socialistes est compréhensible. Le budget de l’encouragement de la culture à Berne est limité. Des créateurs se voient refuser des fonds chaque année. La formation blochérienne lutte jusqu’à l’obsession pour réduire cette manne étatique. Utiliser ces fonds pour que le leader du mouvement soit immortalisé dans un film peut dès lors être perçu comme une provocation.

 

Certains auraient rêvé qu’un cinéaste très engagé s’attaque à la figure Blocher de façon critique, comme l’Italien Nanni Moretti s’était attaqué à Silvio Berlusconi dans Le Caïman. Aucun de ces élus n’ayant vu L’expérience Blocher pour l’instant – pas même l’intéressé dans sa version finale – ce débat reste provisoirement en suspens.

Cinéaste doué, Jean-Stéphane Bron a déjà prouvé son talent à mettre en scène des réalités complexes, qu’elles soient politiques (Le génie helvétique) ou financières (Cleveland contre Wall Street). Avec son nouveau long-métrage, il peut déjà se targuer d’une réussite avant la première: toucher du doigt l’endroit exact où la Berne politique a encore mal.