06/05/2014

Les anti-Gripen devraient voter Gripen

gripen,votation,18 maiIl faut acheter le Gripen...

Les opposants à l’acquisition de l’avion suédois le 18 mai devraient se raviser sur la question. Moins cher que ses concurrents, moins performant, moins longtemps en l’air, moins polluant, moins bruyant que d’autres appareils similaires: ce jet en kit est une punition pour les Forces aériennes. Elles qui rêvaient de l’Eurofighter ou du Rafale.

Ces derniers jours, des rumeurs circulent à Berne sur l’acquisition idéale qui ferait saliver les pilotes: le Lockheed Martin F-35 américain, successeur naturel du F/A-18. Si les opposants veulent vraiment, comme ils le disent, priver l’armée d’un «beau joujou», alors le Gripen est idéal.

La Suisse devra de toute manière, tôt ou tard, racheter un avion. Le peuple a dit plusieurs fois dans les urnes qu’il tient à pérenniser une armée et une industrie de l’armement. La défense aérienne fait partie de la panoplie. Il faudra donc remplacer, tôt ou tard les F-5 Tiger achetés en 1965, bientôt bons pour la casse.

Un achat du jet suédois nous dispensera de devoir recommencer une procédure d’achat qui aboutirait dans cinq ou dix ans à proposer un appareil plus performant et peut-être plus coûteux. L’alternative pour les opposants est donc celle-ci: avaler la pilule tout de suite ou prendre le risque de devoir avaler tout le pilulier plus tard.

On peut comprendre que beaucoup aient envie de dire non. Une communication désastreuse, un ministre de la Défense qui accumule les gaffes, les contre-vérités et les blagues douteuses.Un projet donné pour mort en 2012 et qui n’a été ressuscité que par l’acharnement de la majorité bourgeoise du Parlement. Et puis ce climat politique orageux de l’après-9 février, avec cette «autre Suisse», celle des villes, celle qui a voté non et qui brûle d’envie d’infliger un camouflet à l’UDC.

On comprend aussi les doutes de certains face à l’urgence d’instaurer une police aérienne permanente (à laquelle le Gripen serait indispensable). La défense nocturne du ciel suisse, c’est l’Arlésienne de notre politique de sécurité.

Après avoir mis en place le système de radars FLORAKO en 2003, les autorités suisses ont laissé moisir le dossier pendant dix ans. «L’urgence» ne peut-elle pas attendre quelques années supplémentaires? Pendant ce temps-là nos 32 F/A-18 Hornet resteront parfaitement fonctionnels.

Bref, il y aurait de bonnes raisons de dire non. Mais comme l’expliquait récemment une épouse avisée, dire toujours non aux envies de son conjoint n’est pas la meilleure politique. Imaginez un époux en pleine crise de la quarantaine qui veut se payer une moto. On peut se braquer et prendre le risque d’une crise ouverte durable. Mieux vaut, de manière plus intelligente, dire oui  et intriguer habilement pour qu’il achète le modèle le moins coûteux, le moins rapide et le moins tape-à-l’œil.

Achetons ce Gripen et qu’on n’en parle plus.

21/04/2014

Dr House contre Dr Schweitzer

Le médecin de famille menace de devenir une denrée rare en Suisse. Un tiers des généralistes de ce pays vont remettre leur cabinet ces prochaines années et beaucoup ne trouvent pas de repreneur. Les étudiants préfèrent s’orienter vers des spécialités.
L’arrêté fédéral sur les «soins médicaux de base», sur lequel nous voterons le 18 mai, serait l’une des réponses à ce problème, selon le ministre de la Santé, Alain Berset.

 

On ne peut pas blâmer un étudiant en médecine de préférer une spécialité à la bonne vieille médecine générale. Cela revient, en caricaturant à peine, à opter pour la figure du Dr House plutôt que celle du Dr Schweitzer. Le premier est un génie qui met en œuvre son intelligence et toute la batterie des progrès techniques pour combattre les maladies. Le second pratiquait l’art médical avec humilité en faisant ses consultations dans la brousse africaine, sans attendre reconnaissance ni richesse. Prestige et ambition contre vocation humanitaire.

 

Les pouvoirs publics n’ont pas attendu la votation du 18 mai pour agir. Les facultés de médecine tentent de favoriser la «vocation» depuis l’an dernier. Le master plan du Conseil fédéral vise à revaloriser financièrement les consultations des généralistes. Et la création de cabinets groupés permettra à ces praticiens d’exercer avec des horaires de travail plus acceptables ou à temps partiel.
Le coup de gueule des médecins hospitaliers sur leurs horaires, la semaine dernière, montre une génération actuelle moins prête à sacrifier sa vie privée sur l’autel d’une profession.

Les mesures étant déjà prises, il n’est pas exclu que l’article constitutionnel du 18 mai soit un luxe. Mais cette campagne a au moins le mérite de rappeler l’importance de la profession de généraliste. Il s’agit de lui redonner du lustre pour répondre à un besoin grandissant de la population.