11/09/2014

Un gendarme de la santé peu armé

L’initiative populaire «Pour une caisse publique» semble produire des effets au Parlement. A quelques jours de la votation du 28 septembre, les Chambres fédérales sont soudain pressées de voter une loi de surveillance de l’assurance-maladie.

La majorité des partis ont perçu l’urgence qu’il y avait à nettoyer les écuries d’Augias. La colère populaire est chauffée à blanc depuis longtemps par les primes exagérées, les pratiques agressives de certaines caisses et l’impuissance des pouvoirs publics. Sans parler des primes payées en trop dans certains cantons (1,7 milliard pour mémoire), lesquelles seront remboursées à moitié, mais pas assez pour calmer les dindons de la farce.

Cette loi de surveillance instaurera une sorte de gendarme chargé de ramener de l’ordre dans la jungle de la santé. Sachant que la caisse publique a de fortes chances de trépasser le 28 septembre, malgré de la sympathie en Suisse romande, cette loi pourrait être l’unique fruit de la campagne de la gauche.


L’ennui, c’est que le gendarme part singulièrement désarmé. La version de la loi entérinée mardi par le Conseil national ne prévoit aucune surveillance des groupes de caisses. Elle laisse le soin aux assureurs de réguler eux-mêmes leurs pratiques de démarchage. Quant au remboursement de primes prélevées en trop, le texte stipule qu’un assureur «peut (sic) procéder à une compensation». Les assurés pouvaient rêver meilleure garantie…
Il ne reste au gendarme qu’un outil d’intervention sérieux: la possibilité de faire baisser certaines primes exagérées lors de leur approbation, l’année d’avant.

Le parlement a encore deux semaines pour rectifier le tir. Mais l’initiative «Pour une caisse publique», mise à mal dans les derniers sondages, semble avoir perdu son effet d’aiguillon.

Les partisans d’une réforme se consoleront en se disant qu’une loi insuffisante peut toujours se modifier après-coup. Et que tout vaut mieux qu’une absence de loi

12/08/2014

Quand l'UDC dégaine plus vite que son ombre

Le parti de Christoph Blocher n’admet pas que le Parlement, le Conseil fédéral et les experts juristes tentent d’atténuer ou de freiner certaines initiatives. Ce matin à Berne, le tribun zurichois a présenté sa nouvelle initiative populaire intitulée «pour faire appliquer les décisions du peuple – le droit suisse prime sur le droit étranger.»

«Il faut en référer au peuple», estime le vice-président de l’UDC, car «nous avons tout entrepris par la voie parlementaire pour redresser le régime constitutionnel de notre pays. Ces efforts ont échoué au Parlement. Il faut donc passer par une initiative populaire.»

Détail piquant: la commission du Conseil national examinait trois interventions d’élus UDC sur le même sujet, au même moment et à quelques mètres de là. Les initiatives parlementaires de Heinz Brand, Gregor Rutz et Luzi Stamm réclament peu ou prou la même chose : «Il faut renégocier ou dénoncer les traités internationaux contraires à la Constitution ou à une loi fédérale.»

Affirmer que «ces efforts ont échoué au Parlement» avant même que la commission du premier Conseil ne prenne une décision, aurait pu paraître risqué. Mais Christoph Blocher n’avait pas vraiment besoin de boule de cristal pour anticiper : comme prévu, la commission du Conseil national a rejeté les trois initiatives parlementaires.
Le Parlement représente aussi le peuple, mais curieusement le leader charismatique de l’UDC n’a pas évoqué cet aspect ce matin.

09/08/2014

L’asile est entre les mains de l’Europe

Des dizaines d’hommes entassés dans un abri antiatomique, dans la promiscuité complète. C’est l’une des réalités de l’asile cet été: des hébergements de ce genre ouvrent d’un bout à l’autre de la Suisse, pour accueillir une vague grandissante de requérants.

 

Les cantons parent au plus pressé, forcés d’offrir le gîte à ces candidats à une vie meilleure. Ces abris n’offrent pas une solution satisfaisante. Ni pour les défenseurs des droits humains, qui les jugent indignes, ni pour une partie de la population, qui se méfie comme de la peste de ces célibataires vivant dans le sous-sol de ses communes. Le manque de structures d’accueil est flagrant partout, face à la hausse grandissante des migrants venus de Syrie ou de la Corne de l’Afrique.

 

Un début de réponse à cette situation est esquissé par la réforme de l’asile mise en œuvre par Simonetta Sommaruga: accélération des procédures et création de centres fédéraux avec une capacité doublée à 5000 places. La création ou la transformation de nouveaux bâtiments pour l’accueil des requérants dans les cantons serait aussi souhaitable.

 

Mais ce ne sont que des solutions partielles. Aucune autorité suisse ne peut maîtriser les flux migratoires. Face à des pays persécuteurs ou des guerres civiles, des milliers de gens sont prêts à tout pour émigrer, quitte à payer des passeurs sans scrupules. Les corridors migratoires ne semblent pas près de tarir. La Suisse peut bien essayer de fermer la porte à toutes les arrivées terrestres, comme le propose l’UDC, mais la proportion de clandestins augmenterait en conséquence.

La réponse à ce problème global ne peut être qu’européenne. Le système Dublin dysfonctionne, laissant l’Italie faire face seule à des flots de migrants, alors que les Vingt-Huit assument très inégalement le fardeau migratoire. La Suisse peut proposer à ses voisins des solutions constructives. Reste à savoir si elle est encore écoutée à Bruxelles après le vote du 9 février.