02/12/2015

Coup de frein sur le magot de la retraite

Le Conseil fédéral ose s’attaquer à un principe sacro-saint: la liberté de chacun à disposer de son deuxième pilier. De nombreux Suisses utilisent ce bas de laine destiné à leur retraite pour acheter un logement ou bâtir une maison. D’autres pour se lancer dans une activité indépendante. Ou tout simplement pour disposer d’un capital au moment de sa retraite.

Le gouvernement entend mettre le holà en rappelant un autre principe: l’argent destiné à la retraite doit le rester. Le projet de loi qu’il a lancé hier en consultation vise à juguler l’explosion des prestations complémentaires: ces aides publiques destinées à empêcher les gens de sombrer dans la pauvreté ont augmenté de 68% depuis 1993. La facture annuelle se monte à 4,5 milliards pour la Confédération. Il paraît donc nécessaire de fermer la porte aux abus éventuels, en tout cas d’empêcher les personnes de flamber le magot de leur deuxième pilier, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, et de venir ensuite réclamer l’aide publique.

 

"Le deuxième pilier avait été conçu comme un complément à l’AVS, comme une touche de beurre sur les épinards. Mais il fait aujourd’hui partie du plat de résistance"

 

Sujet urticant, cette révision promet une empoignade en règle, entre une droite qui invoque la responsabilité des individus et une gauche soucieuse d’éviter un accroissement de la pauvreté chez les seniors. Conscient de marcher sur des œufs, le Conseil fédéral a d’ores et déjà nuancé son projet de durcir la législation, en maintenant la possibilité d’investir son deuxième pilier dans le logement. Après tout, l’immobilier est aussi une forme d’épargne.

La difficulté de ce débat tient à ce que la révision touche à la fois aux cotisations individuelles et aux finances publiques. Créé il y a plusieurs décennies, le deuxième pilier avait été conçu comme un complément à l’AVS, comme une touche de beurre sur les épinards. Mais il fait aujourd’hui partie du plat de résistance. Toute tentative pour changer le système est problématique car elle oblige à faire un choix entre la liberté et la solidarité.

14/09/2015

Berne garde la tête froide sur l'asile

La réforme de l’asile de Simonetta Sommaruga aurait pu n'être qu'une formalité. Approuvé pour l’essentiel dans les urnes il y a deux ans, réclamé tant par la droite que par la gauche, le plan de la ministre devait passer aux Chambres fédérales comme une lettre à la poste. Mais c’était compter sans l’imminence des élections. Le sujet de l’immigration préoccupe les Suisses et l’UDC est le parti considéré comme le plus «crédible» sur la question. Les agrariens ont donc logiquement occupé la scène la semaine dernière, provoquant plus de neuf heures de débats à Berne pour tenter de couler la réforme et lui substituer un moratoire. C’est raté mais, peu importe, l’essentiel était de faire du bruit.

 

Cette stratégie électorale pourrait coûter autant de voix à la droite dure qu’elle lui en rapporte. Le climat autour de l’asile s’est profondément modifié ces dernières semaines. La souffrance de milliers de familles sur les routes de l’exil et les drames en Europe ont suscité une vague d’émotion publique. Face au désespoir des migrants, aux morts, aux images chocs, les attaques systématiques du parti nationaliste contre la politique d’asile ne lui vaudront pas que des suffrages. La gauche, qui craignait de perdre des plumes sur ce terrain, se rassure un peu. Simonetta Sommaruga sort en tout cas victorieuse du débat d’hier, l’opposition des agrariens ayant soudé les autres partis derrière elle.

Le National aurait pu céder aux sirènes de la droite nationaliste et durcir certains aspects de la loi. Il aurait pu aussi entendre certaines demandes à gauche pour assouplir les règles. Dans un contexte international dramatique, la majorité a préféré garder la tête froide. Le problème de l’asile est global et la Suisse ne pourra rien solutionner seule. Dans l’immédiat, la sagesse commandait de s’entendre sur l’essentiel pour perpétuer notre tradition d’accueil.

26/08/2015

Le congé paternité est en marche

Les femmes suisses ont dû attendre soixante ans avant d’obtenir (enfin), en 2005, un congé maternité. Les hommes accepteront-ils de patienter autant de temps avant de décrocher un congé paternité? Le sondage publié dimanche dernier est incroyablement net: l’immense majorité des Suisses considère que la naissance d’un bébé est aussi l’affaire du père et que celui-ci doit prendre du temps pour gérer l’événement. Preuve, s’il en fallait, que le rôle paternel au sein de la famille a subi une révolution ces dernières décennies: la présence du papa dans les premières semaines de la vie d'un enfant semble aller de soi pour tout le monde.

La Suisse accuse un retard considérable sur certains pays nordiques en matière de congé parental. Après une législature où les partis ont joué des coudes pour venir au chevet de la famille, il serait fâcheux que le monde politique s’en tienne au méchant aphorisme du ministre Queuille: «Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre. »

La date de parution de ce sondage n’est bien entendu pas anodine: ces chiffres étaient publiés la même semaine où les partis entraient dans la dernière ligne droite avant les élections fédérales d’octobre. Le but de la gauche et des syndicats est de dépasser le thème de l’asile, qui a tout dominé ces derniers mois. Mardi dernier déjà, le PS et le PLR mettaient habilement en scène une prise de bec entre leurs présidents respectifs pour essayer de recentrer le débat sur les fondamentaux: économie, salaires, logements…

Le congé paternité est aussi un choix de société, mais il serait faux de le réduire à un combat gauche-droite. Des entreprises comme Migros, Swisscom ou Google offrent déjà une telle prestation, dans l’idée qu’un soutien aux familles contribue au bien-être et à la productivité de leurs employés. Le secteur privé montre la voie: la droite progressiste aurait tort de l’ignorer.