02/03/2017

Le règne du grand Numa Pompilius

 

301091685Keystone2.jpg

Mais qui est ce personnage couronné sur la tapisserie au-dessus de Pierre-Yves Maillard?

Il s'agit de Numa Pompilius, un roi légendaire de Rome, ici en grande conversation avec la nymphe Égérie. La tunique rouge portée par le souverain n'a rien à voir avec la majorité de gauche du Conseil d'Etat, assure le porte-parole du gouvernement. Il n'empêche que le visuel en imposait, mercredi, au moment où le Conseil d'Etat vaudois dressait son bilan de législature à la Maison de l'Elysée.


Numa Pompilus, qui a régné après Romulus, aurait imposé aux Romains "de judicieuses réformes législatives et religieuses et établi une paix durable pendant son règne". Un document officiel de l'Etat de Vaud précise que la présence de ce roi dans le salon de réception de l'Elysée "ne saurait être plus appropriée, puisque ce monarque incarne le sens de la justice". L'Histoire ne dit pas s'il a dû essuyer des oppositions devant les tribunaux pour la construction de grands bâtiments de Rome.


Cette tapisserie réalisée il y a plus de trois siècles par Jan Frans Cornelissen faisait partie d'un ensemble. Une autre pièce de la collection s'intitulait Les ambassadeurs romains offrent à Numa Pompilius le trône de Rome. Celle-ci n'a pas pu être retenue: ni Pierre-Yves Maillard ni Pascal Broulis n'ont été portés par leurs partis respectifs au Conseil fédéral.


Et si le gouvernement vaudois actuel devait commander des tapisseries pour célébrer les grands faits de sa législature? Suggérons quelques thèmes: Numa Pompilius lève l'impôt dans les provinces (Broulis); Numa Pompilius impose les mains et guérit les maladies de la plèbe (Maillard); Numa Pompilius planifie des voies romaines pour les Barbares (Gorrite); Numa Pompilius combat la fronde des précepteurs (Lyon); Numa Pompilius convoque les jeux olympiques (Leuba); Numa Pompilius fait euthanasier des molosses pour protéger les oies du Capitole (de Quattro); Numa Pompilius aggrandit la garde prétorienne (Métraux).


Après ce moment historique de célébration, la semaine prochaine nous parlerons de la République romaine en feuilletant le Manuel de campagne électorale de Cicéron.

Photo: Laurent Gilliéron / Keystone

28/02/2015

L’amiante, un fléau de retour du passé

Enfin un geste politique pour les victimes de l’amiante. Le Conseil fédéral a mis sur pied une table ronde dans le but d’indemniser ceux qui ont subi les effets de cette fibre redoutable, qui continue de semer la mort vingt-cinq ans après son interdiction officielle en Suisse.

Il y a une logique à vouloir faire payer les responsables de la catastrophe sanitaire, plutôt que le contribuable. Dans cette délicate mission, c’est l’ancien ministre Moritz Leuenberger qui est appelé à reprendre du service. L’imprévisible Zurichois devra dénicher des trésors de patience et de persuasion pour amener les industriels ou les assurances à passer à la caisse.

On peut se demander pourquoi Berne a attendu si longtemps pour agir. La proposition d’un fonds d’indemnisation national faite au parlement l’an dernier a probablement aidé à concrétiser cette table ronde. Le Conseil fédéral adopte le même réflexe que pour le problème des enfants placés abusivement: sous la pression populaire, il a créé une table ronde afin de débloquer des aides immédiates. En l’occurrence la manœuvre a le mérite de lancer du concret, même si les Chambres s’avisent de torpiller le projet de fonds d’indemnisation.

L’amiante est un problème sanitaire, dont la Confédération et les cantons ont bien pris la mesure ces dernières années. Mais il constitue aussi un dossier complexe à gérer en politique, parce qu’il s’étale sur un temps très long. L’ancien produit miracle tue sournoisement, des décennies plus tard.
Aux yeux de la loi, c’est même du passé: la Suisse n’accorde pour l’instant qu’une prescription de dix ans aux victimes. La droite et l’économie craignent d’ouvrir une boîte de Pandore en rallongeant trop les délais de prescription. Et surtout, si elles le font pour l’amiante aujourd’hui, elles craignent de devoir passer à la caisse pour d’autres matériaux demain. Qui sait ce que nous réservent les technologies miracle du moment?