09/08/2014

L’asile est entre les mains de l’Europe

Des dizaines d’hommes entassés dans un abri antiatomique, dans la promiscuité complète. C’est l’une des réalités de l’asile cet été: des hébergements de ce genre ouvrent d’un bout à l’autre de la Suisse, pour accueillir une vague grandissante de requérants.

 

Les cantons parent au plus pressé, forcés d’offrir le gîte à ces candidats à une vie meilleure. Ces abris n’offrent pas une solution satisfaisante. Ni pour les défenseurs des droits humains, qui les jugent indignes, ni pour une partie de la population, qui se méfie comme de la peste de ces célibataires vivant dans le sous-sol de ses communes. Le manque de structures d’accueil est flagrant partout, face à la hausse grandissante des migrants venus de Syrie ou de la Corne de l’Afrique.

 

Un début de réponse à cette situation est esquissé par la réforme de l’asile mise en œuvre par Simonetta Sommaruga: accélération des procédures et création de centres fédéraux avec une capacité doublée à 5000 places. La création ou la transformation de nouveaux bâtiments pour l’accueil des requérants dans les cantons serait aussi souhaitable.

 

Mais ce ne sont que des solutions partielles. Aucune autorité suisse ne peut maîtriser les flux migratoires. Face à des pays persécuteurs ou des guerres civiles, des milliers de gens sont prêts à tout pour émigrer, quitte à payer des passeurs sans scrupules. Les corridors migratoires ne semblent pas près de tarir. La Suisse peut bien essayer de fermer la porte à toutes les arrivées terrestres, comme le propose l’UDC, mais la proportion de clandestins augmenterait en conséquence.

La réponse à ce problème global ne peut être qu’européenne. Le système Dublin dysfonctionne, laissant l’Italie faire face seule à des flots de migrants, alors que les Vingt-Huit assument très inégalement le fardeau migratoire. La Suisse peut proposer à ses voisins des solutions constructives. Reste à savoir si elle est encore écoutée à Bruxelles après le vote du 9 février.

Des gardes-frontière désarmés

Rien ne rendra son bébé à Souha. Cette réfugiée syrienne de 22 ans, ramenée en Italie par les gardes-frontière le 5 juillet, a accouché d’un enfant mort-né à Domodossola. Il aurait pu être sauvé si la maman avait été prise en charge plus tôt, accuse un médecin italien. Cette histoire tragique semble accabler les gardes-frontière: ils n’auraient pas écouté les appels à l’aide de Souha et de son mari et se seraient contentés de les renvoyer à leurs homologues italiens. Il y a dans cette affaire une forte suspicion de non-assistance à autrui ou de faute de comportement.

Rien ne rendra jamais son bébé à Souha, mais il importe d’élaborer des règles beaucoup plus précises pour encadrer l’expulsion de personnes en situation irrégulière par les gardes-frontière. Cette affaire met en lumière des lacunes de protocole pour le transport, la détention, la traduction et l’éventuel soutien médical à apporter à ces requérants d’asile. Alors que le travail des polices cantonales est sévèrement encadré pour les expulsions et suivi de près par des ONG, les gardes-frontière semblent improviser avec les moyens du bord.

Beaucoup d’entre eux vivent mal les accusations dont ils sont l’objet après ce drame. Ceux qui nous ont parlé ont le sentiment de faire au mieux ce «sale boulot» qui consiste à devoir expulser des familles, des enfants, des exilés angoissés, plaignants ou menaçants. Il y a parfois, dans ces convois, toute la souffrance du monde, qu’il faut bien escorter sans états d’âme, pendant que la Suisse regarde ailleurs.

Un cahier des charges plus précis et une surveillance externe de ce travail ne rendront jamais son bébé à Souha. Mais faire figurer les droits humains en toutes lettres dans le règlement permettra peut-être d’éviter des décisions discutables à l’avenir. Une sécurité pour les gardes-frontière eux-mêmes.

10/06/2014

Ecopop, finalement c'est non

 

L’initiative populaire d’Écologie et population (Ecopop), n’a que des mauvaises recettes à nous offrir. D’abord alléché par le menu, je le trouve aujourd’hui indigeste.

Je dois l’avouer, j’ai changé d’avis à propos de l’initiative Ecopop. Ce texte a «presque tout juste», écrivais-je il y a près de deux ans. Je fais aujourd’hui volte-face et considère qu’il est néfaste. Ecopop me semble typique d’une initiative qui pose une bonne question en y apportant de mauvaises réponses.

Ecopop m’a séduit parce qu’il aborde frontalement le thème de la surpopulation humaine. Cette question est évoquée si rarement qu’elle paraît taboue. Une poignée de personnalités courageuses ont osé l’aborder en leur temps. Comme le naturaliste Théodore Monod ou l’explorateur Jean-Yves Cousteau. Il s’agissait pour eux d’attirer l’attention sur la lente destruction de l’environnement et les problèmes de survie des générations futures sur une planète aux ressources limitées.

A partir de là s’ouvre un débat intéressant: l’Humanité est-elle trop nombreuse? Pour les partisans d’Ecopop, cela ne fait aucun pli. Des écologistes comme Philippe Roch ou Franz Weber ont eu l’occasion de donner leur vision d’un développement mesuré et de lancer des plaidoyers pour la décroissance. Les Verts et les autres partis politiques ont argumenté pour ou contre ce constat. En majorité contre. Ce débat a eu lieu .

Voilà pour les visées d’Ecopop. Reste a examiner les moyens que préconisent les initiants pour remédier à leur constat de surpopulation. Et là, rien ne va plus !

La première exigence de l’initiative consisterait à stopper net la croissance de la population suisse et donc à en finir avec l’immigration. De manière beaucoup plus extrême que n’importe quel scénario d’application de l’initiative « contre l’immigration de masse » du 9 février. Une telle option, en admettant qu’elle soit réaliste, entraînerait une décroissance économique, sociale et culturelle du pays. Or, il est permis de douter des effets positifs d’une décroissance forcée.

L’autre mesure proposée est pire : financer obligatoirement une politique de planning familial dans les pays à forte natalité. On sait que la transition démographique d’une population (baisse naturelle de la natalité) est liée au niveau de vie de ses habitants. La Suisse, qui a réalisé depuis longtemps sa propre transition démographique, imposerait ses vues à l’étranger sans tenir compte des autres urgences sociales ou sanitaires.  Cela reviendrait à confondre notre Constitution avec un programme d’action des Nations Unies.

On pourrait s’attendre, si Ecopop déployait ses effets, à deux résultats désastreux: nationalisme par retour à la frontière toute-puissante d’un côté, néo-colonialisme de l’autre.

On me signale que ma volte-face sur le sujet n’est pas une première. Un certain nombre d’ONG ont fait ce chemin il y a quelques décennies.  La surpopulation était un thème du WWF dans les années 60, avant qu’on ne s’avise que l’empreinte humaine sur la nature n’est pas uniquement – ou même essentiellement - liée au problème du nombre d’êtres humains.
Je me rallie à l’idée qu’on peut définir des règles de vie commune respectueuses de l’environnement sans recourir à des plans quinquennaux sur la natalité.