10/06/2014

Ecopop, finalement c'est non

 

L’initiative populaire d’Écologie et population (Ecopop), n’a que des mauvaises recettes à nous offrir. D’abord alléché par le menu, je le trouve aujourd’hui indigeste.

Je dois l’avouer, j’ai changé d’avis à propos de l’initiative Ecopop. Ce texte a «presque tout juste», écrivais-je il y a près de deux ans. Je fais aujourd’hui volte-face et considère qu’il est néfaste. Ecopop me semble typique d’une initiative qui pose une bonne question en y apportant de mauvaises réponses.

Ecopop m’a séduit parce qu’il aborde frontalement le thème de la surpopulation humaine. Cette question est évoquée si rarement qu’elle paraît taboue. Une poignée de personnalités courageuses ont osé l’aborder en leur temps. Comme le naturaliste Théodore Monod ou l’explorateur Jean-Yves Cousteau. Il s’agissait pour eux d’attirer l’attention sur la lente destruction de l’environnement et les problèmes de survie des générations futures sur une planète aux ressources limitées.

A partir de là s’ouvre un débat intéressant: l’Humanité est-elle trop nombreuse? Pour les partisans d’Ecopop, cela ne fait aucun pli. Des écologistes comme Philippe Roch ou Franz Weber ont eu l’occasion de donner leur vision d’un développement mesuré et de lancer des plaidoyers pour la décroissance. Les Verts et les autres partis politiques ont argumenté pour ou contre ce constat. En majorité contre. Ce débat a eu lieu .

Voilà pour les visées d’Ecopop. Reste a examiner les moyens que préconisent les initiants pour remédier à leur constat de surpopulation. Et là, rien ne va plus !

La première exigence de l’initiative consisterait à stopper net la croissance de la population suisse et donc à en finir avec l’immigration. De manière beaucoup plus extrême que n’importe quel scénario d’application de l’initiative « contre l’immigration de masse » du 9 février. Une telle option, en admettant qu’elle soit réaliste, entraînerait une décroissance économique, sociale et culturelle du pays. Or, il est permis de douter des effets positifs d’une décroissance forcée.

L’autre mesure proposée est pire : financer obligatoirement une politique de planning familial dans les pays à forte natalité. On sait que la transition démographique d’une population (baisse naturelle de la natalité) est liée au niveau de vie de ses habitants. La Suisse, qui a réalisé depuis longtemps sa propre transition démographique, imposerait ses vues à l’étranger sans tenir compte des autres urgences sociales ou sanitaires.  Cela reviendrait à confondre notre Constitution avec un programme d’action des Nations Unies.

On pourrait s’attendre, si Ecopop déployait ses effets, à deux résultats désastreux: nationalisme par retour à la frontière toute-puissante d’un côté, néo-colonialisme de l’autre.

On me signale que ma volte-face sur le sujet n’est pas une première. Un certain nombre d’ONG ont fait ce chemin il y a quelques décennies.  La surpopulation était un thème du WWF dans les années 60, avant qu’on ne s’avise que l’empreinte humaine sur la nature n’est pas uniquement – ou même essentiellement - liée au problème du nombre d’êtres humains.
Je me rallie à l’idée qu’on peut définir des règles de vie commune respectueuses de l’environnement sans recourir à des plans quinquennaux sur la natalité.