02/06/2015

Malraux, encore et toujours

 

C’est incroyable à quel point nos élus se réfèrent à André Malraux dès qu’on parle de culture. L’écrivain français a été cité sans arrêt ce matin au National, à Berne, où se discutait l’encouragement à la culture 2016-2020.

André Malraux a dit que «la culture ne s’hérite pas mais se conquiert», a lancé le Fribourgeois François Steiert (PS). La culture, c’est «ce qui fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers», a ajouté le Valaisan Mathias Reynard (PS), citant toujours l’auteur de La condition humaine. Plus vibrant encore : «Une culture ne meurt que de sa propre faiblesse», a entonné le Genevois Manuel Tornare (PS).

Remarquable d’entendre autant d’élus de gauche se référer à l’ancien ministre français de la culture sous Pompidou et De Gaulle. Un gouvernement de droite, donc. Et c’était en 1962: il y a eu plus de 30 ministres de la culture depuis lors dans l'Hexagone. N’ y a-t-il donc que Malraux sur l’étagère quand on veut causer culture?

André Malraux, culture, citations

Dommage que personne n’ait cité Fleur Pellerin, l’actuelle ministre française de la culture. Elle qui affirme sans broncher qu'elle est incapable de citer un seul titre de roman de Modiano et qu'elle n'a de toute façon plus le temps de lire des livres, c'était une carte populaire à jouer. Avec Fleur Pellerin, on peut prouver à l'UDC que, contrairement aux déclaration d'Ueli Maurer, la culture n'est pas plus élitiste que le sport.

Heureusement, la Vaudoise Isabelle Chevalley (VL) a sauvé l’honneur.«Pour ma part, a-t-elle dit, je citerai un autre ancien ministre français de la culture, Monsieur Renaud Donnedieu de Vabres: la culture est un antidote à la violence, car elle nous invite à la compréhension d'autrui et féconde la tolérance, en nous incitant à partir à la rencontre d'autres imaginaires et d'autres cultures.»

C’est vrai ça, il n’y a pas que Malraux sur le site citation-celebre.com

01/12/2014

Ne pas oublier d'éteindre en sortant

Paradoxe. La Suisse s’apprête à sortir du nucléaire en restant dans le nucléaire. Le débat marathon qui commence à Berne était censé accélérer le crépuscule de l’ère atomique dans notre pays. Mais l’incroyable faculté du parlement à tricoter du consensus en ruban a encore frappé: au lieu d’une date butoir pour débrancher les réacteurs, une majorité propose d’accorder à chaque centrale un sursis de dix ans, renouvelable, sans autre limitation que des impératifs de sécurité.

Le calendriertopelement.jpg de sortie de l’atome peut dès lors s’étaler jusqu’aux calendes grecques. La seule certitude dans ce domaine reste la fermeture de Mühleberg en 2019, pour des raisons économiques. Désillusion pour ceux qui espéraient une décision claire, trois ans après l’accident de Fukushima. Le grand soir écologique, tant attendu par des générations de militants, ceux de Verbois, de Superphénix, de Kaiseraugst, plonge à nouveau dans le bassin de refroidissement. Une chape de béton menace de recouvrir le rêve exprimé par Doris Leuthard un jour de mai 2011. Lot de consolation pour les ennemis de l’atome: le peuple aura le dernier mot si les Verts maintiennent leur initiative populaire «Sortir du nucléaire».

Restent les autres points du débat qui s’engage aux Chambres fédérales: économies d’énergies, protection du climat et soutien aux renouvelables. C’est peut-être là que réside l’essentiel, car ces mesures ouvrent l’ère de «l’après», quelle que soit la durée de péremption des centrales atomiques. Le parlement est sur le point d’accélérer une transition technologique et culturelle déjà amorcée par beaucoup de collectivités et de particuliers.

Même si les craintes pour la sécurité de l’approvisionnement et le prix du courant tempèrent les ardeurs, la direction est donnée. Et il faudra bien, un jour ou l’autre, songer à éteindre les réacteurs en sortant.