22/02/2015

La dernère carte du clan Weber

L’appel au compromis lancé par Vera Weber, cette semaine à Berne, a quelque chose de surréaliste. La fille de Franz Weber voudrait négocier avec les Chambres fédérales la loi d’application de l’initiative sur les résidences secondaires. On note tout d’abord une révolution copernicienne par rapport aux méthodes du vieux lion de l’écologie: le mot «compromis» ne faisait précisément pas partie de son vocabulaire.

L’autre motif de surprise, c’est que ce désir de dialogue s’exprime après deux ans de conflit intense. Dès le lendemain du vote de 2012, lorsque les Suisses ont accepté d’un cheveu (50,6%) l’initiative «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires», la fondation Helvetia Nostra a milité pour une application immédiate de son texte. Elle a déposé ou encouragé pas moins de 1008 recours contre des projets de construction en Valais et dans d’autres cantons alpins. Elle s’est battue pour une loi d’application la plus stricte possible, dénonçant toutes les exceptions, sans mettre une goutte d’eau dans son vin.

La proposition subite de fumer le calumet de la paix survient à deux semaines du débat au Conseil national, alors que le travail parlementaire est largement entamé.

Le clan Weber abat aujourd’hui une dernière carte, constatant que sa stratégie de rupture a échoué et que la loi souffrira de nombreuses exceptions. Son appel à la raison, au nom de la volonté du peuple et de la protection des Alpes, ce patrimoine grandiose qui nous est commun, pourrait être audible s’il n’arrivait pas si tard. Mais les effets de l’initiative se font déjà sentir dans l’arc alpin, où la crise du franc fort promet d’aggraver encore les difficultés.

Dans ce contexte, la droite espère bien qu’une application nuancée de la Lex Weber trouvera grâce auprès du peuple. L’appel de Vera Weber a peu de chances d’être entendu.

14/05/2014

Freinons la libre circulation dans les assiettes

Les Suisses aiment la diversité à petits prix. Ils remplissent joyeusement leurs caddies à l’étranger et privilégient les produits bon marché dans les magasins d’ici. Mort à l’îlot de cherté, vive les prix européens! Mais ce tourisme d’achat a des effets pervers en matière de sécurité alimentaire et d’écologie. Surtout, la pression grandissante sur les prix met hors jeu les producteurs locaux.

Contradiction, ces mêmes Suisses exigent des lois restrictives en matière d’aménagement du territoire: ils entendent préserver les terrains agricoles comme un bien précieux.
On aboutit au paradoxe que les paysans cultivent des terres protégées mais, faute de pouvoir vendre leurs produits, vivent d’une perfusion étatique généreusement pourvue par le contribuable. Cette schizophrénie nous coûte plus de 3   milliards en aides et en paiements directs chaque année – le prix d’une flotte de Gripen.

L’étude demandée par le parlement pour supprimer les frais de douane sur les produits laitiers menace d’aggraver la situation en y rajoutant une couche de libéralisme mal placé. Si le gruyère suisse se vend jusqu’aux Etats-Unis, les produits moins transformés comme la crème ou le yoghourt ne passeront pas le Jura.
Des industriels trouveront peut-être avantage à se fournir en lait étranger, mais le consommateur y perdra de la proximité sans garantie de baisse des prix.

L’exemple du Cassis de Dijon appliqué aux produits alimentaires s’est révélé être un désastre ces dernières années. A Berne, la majorité s’en mord les doigts: l’effet sur les prix est nul et la qualité de certains produits a chuté.
Combien d’errements faudra-t-il pour comprendre que la notion de frontière a parfois des vertus? En tout cas dans les assiettes.