14/09/2015

Berne garde la tête froide sur l'asile

La réforme de l’asile de Simonetta Sommaruga aurait pu n'être qu'une formalité. Approuvé pour l’essentiel dans les urnes il y a deux ans, réclamé tant par la droite que par la gauche, le plan de la ministre devait passer aux Chambres fédérales comme une lettre à la poste. Mais c’était compter sans l’imminence des élections. Le sujet de l’immigration préoccupe les Suisses et l’UDC est le parti considéré comme le plus «crédible» sur la question. Les agrariens ont donc logiquement occupé la scène la semaine dernière, provoquant plus de neuf heures de débats à Berne pour tenter de couler la réforme et lui substituer un moratoire. C’est raté mais, peu importe, l’essentiel était de faire du bruit.

 

Cette stratégie électorale pourrait coûter autant de voix à la droite dure qu’elle lui en rapporte. Le climat autour de l’asile s’est profondément modifié ces dernières semaines. La souffrance de milliers de familles sur les routes de l’exil et les drames en Europe ont suscité une vague d’émotion publique. Face au désespoir des migrants, aux morts, aux images chocs, les attaques systématiques du parti nationaliste contre la politique d’asile ne lui vaudront pas que des suffrages. La gauche, qui craignait de perdre des plumes sur ce terrain, se rassure un peu. Simonetta Sommaruga sort en tout cas victorieuse du débat d’hier, l’opposition des agrariens ayant soudé les autres partis derrière elle.

Le National aurait pu céder aux sirènes de la droite nationaliste et durcir certains aspects de la loi. Il aurait pu aussi entendre certaines demandes à gauche pour assouplir les règles. Dans un contexte international dramatique, la majorité a préféré garder la tête froide. Le problème de l’asile est global et la Suisse ne pourra rien solutionner seule. Dans l’immédiat, la sagesse commandait de s’entendre sur l’essentiel pour perpétuer notre tradition d’accueil.

26/08/2015

Le congé paternité est en marche

Les femmes suisses ont dû attendre soixante ans avant d’obtenir (enfin), en 2005, un congé maternité. Les hommes accepteront-ils de patienter autant de temps avant de décrocher un congé paternité? Le sondage publié dimanche dernier est incroyablement net: l’immense majorité des Suisses considère que la naissance d’un bébé est aussi l’affaire du père et que celui-ci doit prendre du temps pour gérer l’événement. Preuve, s’il en fallait, que le rôle paternel au sein de la famille a subi une révolution ces dernières décennies: la présence du papa dans les premières semaines de la vie d'un enfant semble aller de soi pour tout le monde.

La Suisse accuse un retard considérable sur certains pays nordiques en matière de congé parental. Après une législature où les partis ont joué des coudes pour venir au chevet de la famille, il serait fâcheux que le monde politique s’en tienne au méchant aphorisme du ministre Queuille: «Il n’est pas de problème qu’une absence de solution ne finisse par résoudre. »

La date de parution de ce sondage n’est bien entendu pas anodine: ces chiffres étaient publiés la même semaine où les partis entraient dans la dernière ligne droite avant les élections fédérales d’octobre. Le but de la gauche et des syndicats est de dépasser le thème de l’asile, qui a tout dominé ces derniers mois. Mardi dernier déjà, le PS et le PLR mettaient habilement en scène une prise de bec entre leurs présidents respectifs pour essayer de recentrer le débat sur les fondamentaux: économie, salaires, logements…

Le congé paternité est aussi un choix de société, mais il serait faux de le réduire à un combat gauche-droite. Des entreprises comme Migros, Swisscom ou Google offrent déjà une telle prestation, dans l’idée qu’un soutien aux familles contribue au bien-être et à la productivité de leurs employés. Le secteur privé montre la voie: la droite progressiste aurait tort de l’ignorer.

16/08/2015

Prière d’accélérer les renvois

Genève et Vaud ont intérêt à accélérer les renvois des demandeurs d’asile déboutés. Tel est l’avertissement lancé par les Chambres fédérales, qui ne veulent plus tolérer une gestion des réfugiés à géométrie variable. Même si les statistiques font défaut, on sait que le message s’adresse à l’arc lémanique: les cantons de Genève et Vaud ont des taux d’expulsion notoirement plus bas que les autres.
La majorité du parlement a l’intention de mettre au pas les réfractaires: l’article 89b de la future loi sur l’asile prévoit que Berne puisse tailler dans les subventions aux cantons en guise de rétorsion. Une manne annuelle de 41   millions pour Genève.

Décriée par la gauche comme une surenchère absurde à deux mois des élections fédérales, cette proposition ne vient pas de l’UDC. Elle émane du Parti démocrate-chrétien (PDC), qui en rajoute sur le thème de l’asile depuis quelques semaines. Au début du mois, le PDC proposait de supprimer toutes les prestations en cash aux requérants. Tandis qu’un ministre lucernois du même parti a suggéré de refuser le droit d’asile aux Erythréens. Les ténors du parti centriste se défendent de raccrocher leur wagon aux blochériens et affirment vouloir simplement maintenir «la crédibilité» de notre système d’asile.

La majorité politique tentait hier de minimiser la portée de l’article 89b, rappelant que ce n’est qu’un moyen de pression potentiel offert à la Confédération. Mais on notera que l’UDC veut en faire un mécanisme automatique.
Hypothèse: si un deuxième UDC accédait au Conseil fédéral en décembre – au hasard lehardlinergrison Heinz Brand, que beaucoup présentent comme favori – et qu’il reprenait le dossier de l’asile, la menace se préciserait pour les cantons.

En tous les cas, la question du retour des migrants dans leurs pays d’origine va forcément gagner en ampleur ces prochaines années. L’avertissement du jour n’est pas à prendre à la légère.