05/06/2014

Quand la conscience freine la science

Enfin. La Suisse va combler un petit peu de son retard en matière de procréation médicale assistée. Le Conseil national a dit oui au diagnostic préimplantatoire (DPI), après les sénateurs en 2013. Les couples porteurs d’une maladie héréditaire grave n’auront plus à attendre la douzième semaine de grossesse pour savoir si leur enfant sera sain ou non. Le choix des embryons en amont permettra d’éviter l’épreuve d’un avortement.

Cette avancée est tardive. Le DPI existe depuis plus de vingt ans en Europe. Face à l’intransigeance de la loi helvétique, le tourisme médical fonctionne à plein régime: les médecins envoient leurs patients faire ces examens en France ou en Espagne. Nos scientifiques ont accumulé du retard technologique dans ce domaine, à cause de la frilosité du législateur. Un comble pour un pays si fier de sa recherche, si soucieux de son excellence dans d’autres domaines.

 

Cette semaine, le Conseil national a fait un premier pas vers la sortie des ténèbres. On reste loin d’une politique audacieuse en matière de procréation. Les antiavortements, les religieux conservateurs, les écologistes méfiants envers la science ou les associations de handicapés, ligués au-delà des clivages traditionnels, ont cherché à freiner au maximum cette révision.
L’autorisation des «bébés sauveurs» a été refusée de peu pour d’obscurs motifs éthiques. Et le Conseil fédéral tient toujours mordicus à un nombre maximal de huit embryons à analyser, alors que les milieux médicaux assurent que ce n’est pas assez pour un examen fiable.

Le parlement légifère à reculons, paralysé par des fantasmes d’eugénisme, des croyances irraisonnées et la peur du verdict populaire. Il faut se demander si le législateur de milice n’a pas atteint ses limites dans un domaine si complexe. Malgré la timide décision du jour, familles, chercheurs et médecins continueront à être les victimes de cette pleutrerie.

21/04/2014

Dr House contre Dr Schweitzer

Le médecin de famille menace de devenir une denrée rare en Suisse. Un tiers des généralistes de ce pays vont remettre leur cabinet ces prochaines années et beaucoup ne trouvent pas de repreneur. Les étudiants préfèrent s’orienter vers des spécialités.
L’arrêté fédéral sur les «soins médicaux de base», sur lequel nous voterons le 18 mai, serait l’une des réponses à ce problème, selon le ministre de la Santé, Alain Berset.

 

On ne peut pas blâmer un étudiant en médecine de préférer une spécialité à la bonne vieille médecine générale. Cela revient, en caricaturant à peine, à opter pour la figure du Dr House plutôt que celle du Dr Schweitzer. Le premier est un génie qui met en œuvre son intelligence et toute la batterie des progrès techniques pour combattre les maladies. Le second pratiquait l’art médical avec humilité en faisant ses consultations dans la brousse africaine, sans attendre reconnaissance ni richesse. Prestige et ambition contre vocation humanitaire.

 

Les pouvoirs publics n’ont pas attendu la votation du 18 mai pour agir. Les facultés de médecine tentent de favoriser la «vocation» depuis l’an dernier. Le master plan du Conseil fédéral vise à revaloriser financièrement les consultations des généralistes. Et la création de cabinets groupés permettra à ces praticiens d’exercer avec des horaires de travail plus acceptables ou à temps partiel.
Le coup de gueule des médecins hospitaliers sur leurs horaires, la semaine dernière, montre une génération actuelle moins prête à sacrifier sa vie privée sur l’autel d’une profession.

Les mesures étant déjà prises, il n’est pas exclu que l’article constitutionnel du 18 mai soit un luxe. Mais cette campagne a au moins le mérite de rappeler l’importance de la profession de généraliste. Il s’agit de lui redonner du lustre pour répondre à un besoin grandissant de la population.