02/05/2013

La démagogie d’Amnesty

Zéro argument! La campagne d’Amnesty International contre la révision de la loi sur l’asile, le 9 juin, joue sur l’émotion pure. Sa vidéo «Pas de panique!» (panique.amnesty.ch) est drôle, reconnaissons-le. Elle montre des réfugiés partout, sur des pédalos, des téléphériques, dans un salon de retraités. Message: les requérants d’asile ne représentent que 0,5% de la population. Vous voyez bien... l’invasion de la Suisse par les réfugiés n’est qu’un mythe.

Amnesty n’entre pas dans le débat. Ce faisant, elle se place au même niveau que les partisans basiques du «durcissement» de la loi qu’elle entend dénoncer: les sentiments diffus. L’asile est un principe intangible et il suffirait que les Suisses se montrent plus relax pour que tout se passe bien. Un message symétriquement aussi inutile que l’hostilité de principe aux migrants qu’Amnesty voudrait combattre. Sensation contre populisme,ou vice-versa.

Il serait plus difficile appel à l’intelligence des Suisses. De trouver des arguments pour prétendre que la politique doit rester bras croisés face au problème des faux réfugiés. De reconnaître que les familles sont minoritaires dans les demandes d’asile et que la majorité des démarches sont entreprises par des jeunes hommes seuls qui viennent tenter leur chance. De reconnaître, dans la foulée, qu’une minorité tombe dans la délinquance et commet des délits à répétition.

Amnesty pourrait expliquer pourquoi les mesures élaborées par le Parlement seront inefficaces. Expliquer les enjeux et les conséquences liées au refus de l’asile accordé aux déserteurs, aux demandes refusées dans les ambassades ou la création de centres spéciaux. Vous n'y pensez pas! Restons-en au basique et utilisons les mêmes armes que nos adversaires. Essayons de faire aussi fort qu'eux dans l'absence de réflexion, du moins dans l'absence de réflexion quenous leur prêtons.
Démagogues, nous?


http://panique.amnesty.ch/

25/04/2013

Clausons peu, clausons bien

Insignifiante, cette clause de sauvegarde? Peut-être bien, mais nécessaire! La mesure activée hier par le Conseil fédéral est logique. Le gouvernement a pris ses responsabilités en activant le seul instrument de contrôle de l’immigration dont il dispose. C'est davantage un réflexe qu'une décision politique.

Les effets de cette clause seront nuls, personne ne le conteste: bloquer 5% des permis de travail pendant une année au maximum (c’est ce que prévoit la clause) relève de la moquerie. Cela revient à lancer un caillou dans la Venoge pour tenter de modifier le cours de l’eau.

Mais le gouvernement montre qu’il a conscience des problèmes liés à l’accroissement de la population. Il n’ignore pas la pression sur le travail, l’habitat, les transports. Il a compris qu’il est dangereux d’ignorer les frustrations populaires dans une démocratie comme la nôtre. Elles se transforment en torpilles dans les urnes.
Berne tire les leçons de l’initiative Weber sur les résidences secondaires, des initiatives de l’UDC contre les minarets ou pour le renvoi des étrangers criminels.

Les problèmes imputables à l’immigration ne sont pas insolubles. Dans une Suisse pourvoyeuse d’emploi, la présence étrangère est d’abord une bénédiction. Mais la grogne  populaire ne se base pas sur des faits. Elle mélange pression migratoire, politique d’asile ou délinquance dans un même sentiment diffus. Pas de logique et peu de raison.
Dans ce contexte, les symboles sont importants. Il faut résonner en creux: en renonçant à la clause de sauvegarde, le Conseil fédéral aurait prêté le flanc à des critiques incessantes.

Cette décision déployée dans le champ de la politique spectacle est le premier acte d’une guerre idéologique. Le sujet des migrations promet d’occuper la Suisse ces prochaines années.
Trois scrutins à haut risque se profilent: l’initiative contre « l’immigration massive » de l’UDC, le référendum sur la libre circulation avec la Croatie et la stabilisation démographique que réclame l’initiative Ecopop. Autant de menaces sur la libre circulation qui exigeront un engagement autrement plus fort des autorités qu’une clause de sauvegarde décorative. Le dumping salarial ou les transports, pour ne citer que ces deux thèmes, réclament de vraies mesures.

Quant aux effets négatifs agités ces dernières heures, leur portée semble aussi limitée que la clause de sauvegarde elle-même. Les milieux économiques s’inquiètent pour le recrutement de la main-d’œuvre. Mais il suffira de multiplier pendant une année les permis de courte durée afin d’y remédier.

Une partie de la gauche se dit, enfin, consternée par cette fermeture des frontières et par le mauvais signal envoyé à nos partenaires européens. C’est caricaturer la situation et perdre de vue que cette «mesurette» est une disposition prévue noir sur blanc dans les bilatérales.

 

 

 

15:03 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0)