14/05/2014

Freinons la libre circulation dans les assiettes

Les Suisses aiment la diversité à petits prix. Ils remplissent joyeusement leurs caddies à l’étranger et privilégient les produits bon marché dans les magasins d’ici. Mort à l’îlot de cherté, vive les prix européens! Mais ce tourisme d’achat a des effets pervers en matière de sécurité alimentaire et d’écologie. Surtout, la pression grandissante sur les prix met hors jeu les producteurs locaux.

Contradiction, ces mêmes Suisses exigent des lois restrictives en matière d’aménagement du territoire: ils entendent préserver les terrains agricoles comme un bien précieux.
On aboutit au paradoxe que les paysans cultivent des terres protégées mais, faute de pouvoir vendre leurs produits, vivent d’une perfusion étatique généreusement pourvue par le contribuable. Cette schizophrénie nous coûte plus de 3   milliards en aides et en paiements directs chaque année – le prix d’une flotte de Gripen.

L’étude demandée par le parlement pour supprimer les frais de douane sur les produits laitiers menace d’aggraver la situation en y rajoutant une couche de libéralisme mal placé. Si le gruyère suisse se vend jusqu’aux Etats-Unis, les produits moins transformés comme la crème ou le yoghourt ne passeront pas le Jura.
Des industriels trouveront peut-être avantage à se fournir en lait étranger, mais le consommateur y perdra de la proximité sans garantie de baisse des prix.

L’exemple du Cassis de Dijon appliqué aux produits alimentaires s’est révélé être un désastre ces dernières années. A Berne, la majorité s’en mord les doigts: l’effet sur les prix est nul et la qualité de certains produits a chuté.
Combien d’errements faudra-t-il pour comprendre que la notion de frontière a parfois des vertus? En tout cas dans les assiettes.

 

01/11/2013

Deuxième acte pour une sortie de l'atome

 

Mühleberg sera fermée en 2019. Enfin du solide, du concret pour tourner la page du nucléaire suisse. L’oraison funèbre des centrales atomiques avait été prononcée par le Conseil fédéral le 25   mai 2011. Ce jour-là, deux mois après l’accident de Fukushima, le gouvernement décidait d’en finir avec l’atome. Mais ce n’était qu’une prière. La Suisse n’a arrêté aucune date pour l’extinction de ses réacteurs.

 

La décision des Forces Motrices Bernoises (FMB) est d’autant plus intéressante que la compagnie exploitante l’a prise pour des raisons économiques. Il devenait trop coûteux d’investir dans la sécurité pour faire tourner cette machinerie de 1972, l’équivalent d’une Simca 1000 essoufflée risquant la panne à chaque trajet. La baisse du kilowattheure sur le marché européen a freiné le développement des énergies renouvelables, mais elle facilite paradoxalement la fin de l’atome: l’électron à base d’uranium est moins rentable.

 

Les militants antinucléaires crient à la défaite, indignés de voir la «vieille casserole» promise à six ans de survie. Tandis que les modérés savourent une victoire d’étape: la pression sera désormais plus forte sur Axpo, pour l’arrêt des deux réacteurs de Beznau (1969 et 1971). Mais la révolution est loin d’être achevée. Mühleberg est le premier sacrifice de l’après-Fukushima, le plus facile: la centrale fournit moins de 5% de la consommation électrique du pays.

Le développement des productions renouvelables et les économies d’énergie ne suffiront pas à éviter des investissements dans le gaz indigène ces prochaines décennies. La Suisse devra en tout cas acheter du courant européen. Et la facture de la Stratégie énergétique 2050 du Conseil fédéral s’annonce lourde – sans parler de la fiscalité écologique. De quoi freiner les ardeurs à débrancher les centrales de Gösgen (1979) et de Leibstadt (1984), dont Swissnuclear estime la durée de vie à plus de 60 ans. Le chemin sera long et la Suisse n’en a pas fini avec le nucléaire.