20/02/2016

Pas touche à mon accent circonflexe

La réforme de l’orthographe allume le feu. Il aura suffi que quelques éditeurs de manuels scolaires français décident d’appliquer des modifications vieilles de 25 ans pour que l’indignation bouillonne. Et tant pis si la vénérable Académie française avait donné son aval à ces changements. Tant pis si les principaux dictionnaires acceptent ces nouvelles graphies. Tant pis si ces modifications demeurent optionnelles et que les anciennes formes seront toujours acceptées. Tant pis si de nombreux mots s’écriront de manière plus logique et conforme à leur prononciation, comme «évènement» au lieu d’«événement».

Les réactions négatives prennent le dessus. «Triste que les immortels empêchent les mots de l’être», twitte un internaute. Des accusations politiques visent la ministre Najat Vallaud-Belkacem, accusée de vouloir démanteler un patrimoine et jeter la culture francophone aux orties. Tout cela pour quelques accents circonflexes et des lettres devenues optionnelles.

La virulence des réactions suggère que ce débat ne se résume pas à l’orthographe. Cette réforme permet de recycler des accusations de fond contre une école régulièrement accusée de laxisme, quand ce n’est pas de tous les maux de la société. La question de fond semble enfin identitaire: les plus conservateurs jurent qu’on ne leur fera pas changer d’un iota leur chère langue maternelle, porteuse d’une tradition, d’une culture et d’une identité dans un monde déboussolé aux frontières ouvertes. Pas touche à mon accent circonflexe, mon toit, ma patrie.

Il suffit pourtant de relire quelques pages de Rabelais ou de Villon pour se rappeler que notre langue évolue. Au lieu de se quereller sur des circonflexes et sur quelques traits d’union, c’est plutôt à l’illettrisme qu’il conviendrait de s’attaquer. Un problème bien plus inquiétant.

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