28/02/2015

L’amiante, un fléau de retour du passé

Enfin un geste politique pour les victimes de l’amiante. Le Conseil fédéral a mis sur pied une table ronde dans le but d’indemniser ceux qui ont subi les effets de cette fibre redoutable, qui continue de semer la mort vingt-cinq ans après son interdiction officielle en Suisse.

Il y a une logique à vouloir faire payer les responsables de la catastrophe sanitaire, plutôt que le contribuable. Dans cette délicate mission, c’est l’ancien ministre Moritz Leuenberger qui est appelé à reprendre du service. L’imprévisible Zurichois devra dénicher des trésors de patience et de persuasion pour amener les industriels ou les assurances à passer à la caisse.

On peut se demander pourquoi Berne a attendu si longtemps pour agir. La proposition d’un fonds d’indemnisation national faite au parlement l’an dernier a probablement aidé à concrétiser cette table ronde. Le Conseil fédéral adopte le même réflexe que pour le problème des enfants placés abusivement: sous la pression populaire, il a créé une table ronde afin de débloquer des aides immédiates. En l’occurrence la manœuvre a le mérite de lancer du concret, même si les Chambres s’avisent de torpiller le projet de fonds d’indemnisation.

L’amiante est un problème sanitaire, dont la Confédération et les cantons ont bien pris la mesure ces dernières années. Mais il constitue aussi un dossier complexe à gérer en politique, parce qu’il s’étale sur un temps très long. L’ancien produit miracle tue sournoisement, des décennies plus tard.
Aux yeux de la loi, c’est même du passé: la Suisse n’accorde pour l’instant qu’une prescription de dix ans aux victimes. La droite et l’économie craignent d’ouvrir une boîte de Pandore en rallongeant trop les délais de prescription. Et surtout, si elles le font pour l’amiante aujourd’hui, elles craignent de devoir passer à la caisse pour d’autres matériaux demain. Qui sait ce que nous réservent les technologies miracle du moment?

Un feu vert au mariage pour tous

Une majorité de Suisses soutient l’union civile des personnes de même sexe, si l’on en croit deux sondages dont les chiffres ont été publiés dimanche dernier. Ces résultats tombent à pic pour doper le projet de loi des Vert’libéraux en faveur d’un «mariage pour tous», approuvé vendredi par une commission du National. Voilà qui repose aussi la question de l’identité de la famille, objet de toutes les attentions des partis en cette année électorale.

Ce n’est pas un hasard si le PDC a opéré un virage à 180 degrés la semaine dernière, renonçant à vouloir définir le mariage comme étant strictement l’union d’un homme et d’une femme. Le parti d’inspiration catholique cherchait pourtant, dans un premier temps, à faire entériner cette définition au détour de son initiative populaire.
Le PLR est également en proie aux contradictions, lui qui ne voulait pas de la définition restrictive du PDC mais dont certains élus ont refusé le mariage pour tous en commission du National. Les louvoiements des centristes refléteraient-ils les courants contraires qui traversent la société? Sur ce thème, les choses sont plus claires à gauche (progressiste) ainsi qu’à l’UDC (réactionnaire assumée).

Ce premier feu vert ouvre un chemin qui s’annonce encore long. La commission du Conseil des Etats pourrait se montrer moins libérale. Et puis, les avancées sociétales prennent du temps. La question de l’adoption par les couples de même sexe le démontre: un premier projet a été raboté par le parlement en 2014, qui a préféré limiter pour l’instant cette possibilité aux enfants des partenaires. Le peuple aura de toute façon le dernier mot.

Le mariage pour tous n’est peut-être pas une urgence à cause du nombre de demandes. Après tout, moins de 7000 couples en tout ont fait le choix du partenariat enregistré depuis 2007, contre plus de 40 000 mariages chaque année. Mais son importance est capitale pour dépasser le stade de la tolérance et atteindre une véritable égalité des droits.

22/02/2015

La dernère carte du clan Weber

L’appel au compromis lancé par Vera Weber, cette semaine à Berne, a quelque chose de surréaliste. La fille de Franz Weber voudrait négocier avec les Chambres fédérales la loi d’application de l’initiative sur les résidences secondaires. On note tout d’abord une révolution copernicienne par rapport aux méthodes du vieux lion de l’écologie: le mot «compromis» ne faisait précisément pas partie de son vocabulaire.

L’autre motif de surprise, c’est que ce désir de dialogue s’exprime après deux ans de conflit intense. Dès le lendemain du vote de 2012, lorsque les Suisses ont accepté d’un cheveu (50,6%) l’initiative «Pour en finir avec les constructions envahissantes de résidences secondaires», la fondation Helvetia Nostra a milité pour une application immédiate de son texte. Elle a déposé ou encouragé pas moins de 1008 recours contre des projets de construction en Valais et dans d’autres cantons alpins. Elle s’est battue pour une loi d’application la plus stricte possible, dénonçant toutes les exceptions, sans mettre une goutte d’eau dans son vin.

La proposition subite de fumer le calumet de la paix survient à deux semaines du débat au Conseil national, alors que le travail parlementaire est largement entamé.

Le clan Weber abat aujourd’hui une dernière carte, constatant que sa stratégie de rupture a échoué et que la loi souffrira de nombreuses exceptions. Son appel à la raison, au nom de la volonté du peuple et de la protection des Alpes, ce patrimoine grandiose qui nous est commun, pourrait être audible s’il n’arrivait pas si tard. Mais les effets de l’initiative se font déjà sentir dans l’arc alpin, où la crise du franc fort promet d’aggraver encore les difficultés.

Dans ce contexte, la droite espère bien qu’une application nuancée de la Lex Weber trouvera grâce auprès du peuple. L’appel de Vera Weber a peu de chances d’être entendu.