12/09/2014

De l'usage de la charcuterie en politique

 

La charcuterie est de retour sur les affiches politiques. En l’occurrence, c’est une saucisse de veau rôtie: elle illustre les nouvelles affiches du comité de campagne pour l’initiative «Stop à la TVA discriminatoire dans la restauration» qui sera votée le 28 septembre. Il s’agit de mettre fin à la terrible discrimination entre les saucisses: «Bratwurst-Diskriminierung Stoppen.»

 

Ce visuel croquignol rappelle immanquablement celui de la votation pour l’ouverture nocturne des shops de stations-services, le 22 septembre 2013. «Légaliser les saucisses à rôtir», proclamait l’affiche de campagne.  Il s’agissait de permettre la vente de ce produit  de boucherie entre 1h et 5h du matin.

 

 

Soit dit en passant, les Suisses ont dit oui à la saucisse à rôtir, mais avec un effet discutable:  une année après le vote, le shop de Lully (FR), unique magasin routier ouvert 24h/24 en Suisse romande, ne vend toujours pas de saucisse fraîche la nuit. Vérification faite il y a quelques jours.

Mais l’image de la saucisse deviendrait-elle un gage succès pour une votation? Gastrosuisse semble le penser. «Ce met simple fonctionne bien comme symbole unificateur, constate Gianni Haver sociologue et spécialiste de l’image en politique. La fondue serait davantage un plat national que la saucisse, très germanophone, mais elle charrie d’autres images comme la convivialité qui auraient brouillé le message.» Surtout, la fondue se vend peu à l’emporter.

Le message vise une clientèle populaire. D’autres visuels de Gastrosuisse opposent une photo d’ouvrier attablé en train de manger son menu du jour au bistrot (taxation à 8%) à une photo de riche en train de déguster du caviar (taxation à 2,5%). Ou une photo de mamie en train de manger un croissant (8%) à une photo de jeune snobinarde dégustant des suchis (2,5%).

Droite cassoulet contre gauche caviar? Il faudra un jour étudier les rapports entre calories et orientations politiques. En attendant, Gianni Haver constate que «la saucisse n’est certainement pas bonne pour le cholestérol, mais elle est très efficace comme image de propagande.»

Parmi les gagnants assurés de cette votation figurent les bouchers-charcutiers, ravis de cette publicité fédérale. La marque Bell avait sorti en 2005 une publicité appelée «Charcuterie fédérale». Sept saucisses figuraient les conseillers fédéraux de cette année-là. Avec Micheline Calmy-Rey en gendarme, Pascal Couchepin en boutefas et, tout à droite, Christoph Blocher en cervelas. 


 

11/09/2014

Un gendarme de la santé peu armé

L’initiative populaire «Pour une caisse publique» semble produire des effets au Parlement. A quelques jours de la votation du 28 septembre, les Chambres fédérales sont soudain pressées de voter une loi de surveillance de l’assurance-maladie.

La majorité des partis ont perçu l’urgence qu’il y avait à nettoyer les écuries d’Augias. La colère populaire est chauffée à blanc depuis longtemps par les primes exagérées, les pratiques agressives de certaines caisses et l’impuissance des pouvoirs publics. Sans parler des primes payées en trop dans certains cantons (1,7 milliard pour mémoire), lesquelles seront remboursées à moitié, mais pas assez pour calmer les dindons de la farce.

Cette loi de surveillance instaurera une sorte de gendarme chargé de ramener de l’ordre dans la jungle de la santé. Sachant que la caisse publique a de fortes chances de trépasser le 28 septembre, malgré de la sympathie en Suisse romande, cette loi pourrait être l’unique fruit de la campagne de la gauche.


L’ennui, c’est que le gendarme part singulièrement désarmé. La version de la loi entérinée mardi par le Conseil national ne prévoit aucune surveillance des groupes de caisses. Elle laisse le soin aux assureurs de réguler eux-mêmes leurs pratiques de démarchage. Quant au remboursement de primes prélevées en trop, le texte stipule qu’un assureur «peut (sic) procéder à une compensation». Les assurés pouvaient rêver meilleure garantie…
Il ne reste au gendarme qu’un outil d’intervention sérieux: la possibilité de faire baisser certaines primes exagérées lors de leur approbation, l’année d’avant.

Le parlement a encore deux semaines pour rectifier le tir. Mais l’initiative «Pour une caisse publique», mise à mal dans les derniers sondages, semble avoir perdu son effet d’aiguillon.

Les partisans d’une réforme se consoleront en se disant qu’une loi insuffisante peut toujours se modifier après-coup. Et que tout vaut mieux qu’une absence de loi