09/08/2014

Des gardes-frontière désarmés

Rien ne rendra son bébé à Souha. Cette réfugiée syrienne de 22 ans, ramenée en Italie par les gardes-frontière le 5 juillet, a accouché d’un enfant mort-né à Domodossola. Il aurait pu être sauvé si la maman avait été prise en charge plus tôt, accuse un médecin italien. Cette histoire tragique semble accabler les gardes-frontière: ils n’auraient pas écouté les appels à l’aide de Souha et de son mari et se seraient contentés de les renvoyer à leurs homologues italiens. Il y a dans cette affaire une forte suspicion de non-assistance à autrui ou de faute de comportement.

Rien ne rendra jamais son bébé à Souha, mais il importe d’élaborer des règles beaucoup plus précises pour encadrer l’expulsion de personnes en situation irrégulière par les gardes-frontière. Cette affaire met en lumière des lacunes de protocole pour le transport, la détention, la traduction et l’éventuel soutien médical à apporter à ces requérants d’asile. Alors que le travail des polices cantonales est sévèrement encadré pour les expulsions et suivi de près par des ONG, les gardes-frontière semblent improviser avec les moyens du bord.

Beaucoup d’entre eux vivent mal les accusations dont ils sont l’objet après ce drame. Ceux qui nous ont parlé ont le sentiment de faire au mieux ce «sale boulot» qui consiste à devoir expulser des familles, des enfants, des exilés angoissés, plaignants ou menaçants. Il y a parfois, dans ces convois, toute la souffrance du monde, qu’il faut bien escorter sans états d’âme, pendant que la Suisse regarde ailleurs.

Un cahier des charges plus précis et une surveillance externe de ce travail ne rendront jamais son bébé à Souha. Mais faire figurer les droits humains en toutes lettres dans le règlement permettra peut-être d’éviter des décisions discutables à l’avenir. Une sécurité pour les gardes-frontière eux-mêmes.

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