15/03/2014

Percer la montagne, une obsession nationale

Le Gothard. Un nom mythique, comme le Serment du Grütli, saint Nicolas de Flue ou la tartine de Cenovis. Mais ce mythe national, contrairement aux autres, s’avère bruyant et polluant. Le Gothard est traversé par des millions de véhicules chaque année, des millions de tonnes de marchandises, ce qui a amené le peuple à protéger les vallées avec l’Initiative des Alpes en 1994.

Le projet d’y faire un second tunnel routier, en discussion à Berne, aboutirait au cinquième percement du Gothard depuis 1881. A croire que traverser ce massif à chaque génération est une obsession nationale, que creuser est la grande affaire des Suisses. Le Conseil fédéral sait qu’il marche sur des œufs. Raison pour laquelle il assortit le projet d’une limitation légale du trafic et d’une possibilité de référendum populaire. De quoi rassurer ceux qui soupçonnent les autorités de vouloir tourner le dos à la politique de ferroutage. Bref, le projet n’est pas scandaleux en soi, surtout s’il vise à améliorer la sécurité routière tout en évitant le psychodrame de couper le Tessin du reste du pays durant trois ans.

Injecter 3   milliards dans le Gothard est en revanche nettement moins défendable dans le contexte actuel de crise des transports. La priorité de tous les cantons, lémaniques en tête, est de développer la mobilité en commun, de limiter les nuisances routières et d’améliorer le grand réseau est-ouest du Plateau, sillonné par plus d’un million de pendulaires chaque jour. Et là, le même Conseil fédéral nous affirme qu’il manque des milliards. Doris Leuthard réclame 15 centimes de plus pour la taxe sur l’essence. Et les projets que Berne compte financer ne comprennent même pas l’amélioration de l’axe Lausanne-Genève ou la traversée de la rade genevoise.

Dans ces circonstances, l’entretien de luxe du Gothard peut attendre. Et mieux vaudrait refréner notre ardeur nationale à percer des tunnels au même endroit en attendant d’avoir financé des ouvrages plus urgents.