19/02/2014

Gripen, la peur contre l'ironie

Le pirate de l'air qui a détourné l'avion d'Ethiopian Airlines vers Genève ce lundi n'obtiendra probablement pas l'asile politique. Mais il a lancé malgré lui la campagne de votation pour l'achat du Gripen, le 18 mai prochain.
La Suisse est la risée de l'Europe depuis deux jours. Depuis que l'on sait que nos pilotes de chasse dorment la nuit quoiqu'il arrive. Les partisans et opposants ont réagi à chaud ces dernières heures. La campagne décolle. Il est intéressant de voir comment les uns et les autres plient les arguments pour récupérer ce fait divers.

Les opposants au Gripen jouent sur du velours: c'est Ueli Maurer qui n'a pas voulu de police aérienne permanente. Bien vu. Le ministre UDC a renoncé en 2010 à mettre sur pied une police des airs permanente. Mais ce que les opposants oublient de dire aujourd'hui, c'est qu'ils ne veulent pas de cette police.
La gauche a lutté ces dernières années  pour raboter le budget du DDPS et s'est opposée au paquet de 5 milliards (dont 300 millions pour le Gripen) imposé l'an dernier par le Parlement, ce qui a incité le ministre de la Défense à faire des choix. Verts et socialistes en appellent à davantage de coopération avec les forces européennes. Quoi qu'ils en disent, les opposants au Gripen sont donc coresponsables de notre incurie aérienne.

Les partisans du Gripen insistent sur le fait que les avions de chasse italiens qui ont escorté le Boeing éthiopien n'auraient pas pu faire usage d'armes dans le ciel suisse, en raison de la souveraineté. Fait indiscutable: les accords passés avec l'Italie, l'Allemagne, la France, et en partie l'Autriche, permettent aux jets de suivre des avions suspects dans l'espace aérien voisin, pas davantage.
Mais ce que les partisans oublient, c'est qu'il n'est pas question de tirs. Qui imagine que le politique donne l'ordre d'abattre un avion civil transportant 200 personnes à son bord? Quant à l'hypothèse d'un engagement militaire contre une puissance étrangère, elle demeure peu probable. Comme le disait un sénateur en visite à une troupe d'obusiers blindés au Tessin, il y a quelques années: "Je suis rassuré de savoir que les Italiens ne pourront pas nous attaquer depuis Domodossola."

Les accusations d'incurie des opposants ne valent pas mieux que la volonté de distiller la peur avec de pures hypothèses.
Une information, au moins, est concrètement mise en évidence aujourd'hui: le Département de la Défense lie l'achat des 22 Gripen (qui s'ajouteront aux 32 F/A-18) avec la mise sur pied d'une force d'intervention permanence, dès 2016 avec des Gripen de location, puis dès 2020 avec la nouvelle flotte. Il coûtera au bas mot 25 à 35 millions de francs par année et l'engagement de cent personne pour assurer la "neutralité" et la souveraineté de notre espace aérien. C'est donc bien un enjeu lié à l'achat du Gripen.

Mais la présence de notre armée dans les airs, lundi matin avant l'aube, n'aurait concrètement rien changé au détournement du Boeing éthiopien.

Commentaires

"Mais la présence de notre armée dans les airs, lundi matin avant l'aube, n'aurait concrètement rien changé au détournement du Boeing éthiopien."

En effet, et vous êtes le premier à le relever. A un détail près : nul ne sait vraiment ce que veut un pirate de l'air, et s'il avait continué direction Zürich...
Pour le reste, votre billet ici est nettement meilleur que votre édito. Bizarre.

Écrit par : Géo | 19/02/2014

Il n'empêche que cette affaire, révèle une lacune importante également.
C'est le choix des priorités de notre ministre.
Il est assez surprenant que venant du parti de l'UDC, Maurer choisisse, car il s'agit d'un choix délibéré, de ne pas garantir la sécurité de l'espace aérien 24h/24 au profit d'autre chose. Quoi donc? Qu'est ce qui a été plus utile à l'armée et pour le pays que cette police du ciel?
Parce que 25 à 35 millions c'est certes non négligeable, mais face au 4 milliard du budget, cela n'est pas si important.
A quoi donc ont servi ces 35 millions? Est ce que quelqu'un va simplement relevé cette priorisation étonnante de la part de notre ministre?

Écrit par : Lefredo | 19/02/2014

Sympa votre billet, Vous donnez raison à tous le monde ! Bref, status quo ! Mais il y un moment ou il faut faire un choix, contre ou pour l'armée ! Etre souverain ou non ! Montrer son caractère et allez de l'avant !

Voulez-vous oui ou non une police du ciel digne de ce nom, une capacité à faire face au menaces aériennes de demain ? Telle est la question posée le 18 mai prochain!

Écrit par : Steeve | 20/02/2014

Je donne peut-être raison à tout le monde - ou tort, c'est selon, pour montrer que les choses ne sont pas si simples. Vous avez raison Steeve, il faudra bien prendre parti dans cette affaire, le souverain devra trancher le 18 mai.
Je donnerai mon opinion ces prochains jours, mais ce n'est pas le premier souci du journaliste qui suit une campagne. Au menu d'un prochain commentaire... Cela vous permettra de lire deux billets au lieu d'un! Merci de votre intérêt.

Écrit par : Patrick Chuard | 20/02/2014

Il reste à faire de la publicité pour le blog de Pascal Kümmerling pour ceux qui s'intéressent de près à cette question.

Écrit par : Géo | 20/02/2014

Je n'ai pas encore eut le temps de m'attarder sur le blog de Pascal Kümmerling pour l'instant.
Pourrais tu nous faire un résumé rapide de ce dernier stp?

Écrit par : Laure | 26/02/2014

Cette histoire m'apparaît comme une tempête dans un verre d'eau...

Si... le ministre de la défense était Alain Berset ou Didier Burkhalter, il n'y aurait pas eu tout ce foin autour des "heures de bureau" de nos forces aériennes. Tout le monde aurait trouvé super sympa cette armée si peu « chrüterchraft » !

Et si... l'avion convoité s'appelait "Rafale", il y aurait encore moins de foin. Parce que le souci de nos bisounours de service ce n'est pas tant le budget de la défense, mais de lécher au mieux les bottes de notre grand voisin socialiste.

Si... la Suisse avait choisi le Rafale, sûr que les suiveurs de Hollande (tels que Leurs Suffisances de Montebourg et Fabius ), se l'auraient coincée au lendemain du 9 février.

Écrit par : petard | 20/02/2014

Pour info, si le Gripen E suédois n'existait pas, le choix aurait été fait avec l'Eurofighter T3 !!

Pk
avia news

Écrit par : Pk | 26/02/2014

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