02/10/2014

Ces paysans inspirés par Che Guevara

Rêveurs autoproclamés, les militants du syndicat agricole Uniterre en font trop. Leur initiative «Pour la souveraineté alimentaire» lancée cette semaine ressemble à un catalogue de toutes les doléances imaginables dans le monde rural. Le texte ne propose rien moins que: de taxer drastiquement les tomates importées, protéger la terre, assurer des salaires minimaux aux paysans, garantir leur survie, imposer des prix plancher pour les patates ou le lait, interdire les OGM… De quoi protéger sous cloche hermétique une agriculture déjà subventionnée à raison de 3,5   milliards par an.

 

Mais les trublions d’Uniterre ont bien retenu la leçon de Che Guevara: «Soyez réalistes, demandez l’impossible.» Vagues cousins suisses de José Bové, ces militants alternatifs ont l’habitude de protester fort et de scander des slogans dans les mégaphones.

Leurs combats sont rarement couronnés de succès immédiats, comme la récente croisade du viticulteur genevois Willy Cretegny, mais l’essentiel n’est peut-être pas là: ils attirent l’attention sur les difficultés du monde rural et suscitent la sympathie d’un consommateur qui se découvre une cause commune avec les producteurs. Pendant ce temps, le lobby majoritaire des paysans avance ses pions à Berne et récolte des fruits concrets de ce soutien populaire.

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La majorité des paysans est en désaccord avec Uniterre mais se garde bien de critiquer le petit syndicat; il sert la cause commune. Mieux: ajouté à l’initiative de l’Union suisse des paysans, à celle des Verts et à celle des Jeunes socialistes, le texte idéaliste d’Uniterre promet de renforcer à Berne le débat sur les denrées alimentaires.
La grande «alliance pour le terroir» inaugurée avant les élections fédérales de 2011 est de retour. Gauche, droite, écolos et UDC, paysans et consommateurs, tout le monde veut des produits de qualité dans son assiette.

14/05/2014

Freinons la libre circulation dans les assiettes

Les Suisses aiment la diversité à petits prix. Ils remplissent joyeusement leurs caddies à l’étranger et privilégient les produits bon marché dans les magasins d’ici. Mort à l’îlot de cherté, vive les prix européens! Mais ce tourisme d’achat a des effets pervers en matière de sécurité alimentaire et d’écologie. Surtout, la pression grandissante sur les prix met hors jeu les producteurs locaux.

Contradiction, ces mêmes Suisses exigent des lois restrictives en matière d’aménagement du territoire: ils entendent préserver les terrains agricoles comme un bien précieux.
On aboutit au paradoxe que les paysans cultivent des terres protégées mais, faute de pouvoir vendre leurs produits, vivent d’une perfusion étatique généreusement pourvue par le contribuable. Cette schizophrénie nous coûte plus de 3   milliards en aides et en paiements directs chaque année – le prix d’une flotte de Gripen.

L’étude demandée par le parlement pour supprimer les frais de douane sur les produits laitiers menace d’aggraver la situation en y rajoutant une couche de libéralisme mal placé. Si le gruyère suisse se vend jusqu’aux Etats-Unis, les produits moins transformés comme la crème ou le yoghourt ne passeront pas le Jura.
Des industriels trouveront peut-être avantage à se fournir en lait étranger, mais le consommateur y perdra de la proximité sans garantie de baisse des prix.

L’exemple du Cassis de Dijon appliqué aux produits alimentaires s’est révélé être un désastre ces dernières années. A Berne, la majorité s’en mord les doigts: l’effet sur les prix est nul et la qualité de certains produits a chuté.
Combien d’errements faudra-t-il pour comprendre que la notion de frontière a parfois des vertus? En tout cas dans les assiettes.